Une grande part de responsabilité de cette situation revent au pouvoir politique, mais également aux médias durant vingt ans. À partir de 2003, moment où Georges Abdallah est vraiment libérable et qu’il aurait dû être libéré, sa détention commence à devenir hors norme, et cela dure jusqu’en 2023. Pendant vingt ans, donc, il va y avoir une sorte d’omerta médiatique sur cette histoire. Elle n’est pas documentée. La fake news de 1986, c’est à dire le fait qu’on ait attribué à Abdallah et ses frères des attentats qu’ils n’ont pas commis, qui relevaient du contentieux franco-iranien, n’a pas été documentée avant que je fasse cette enquête. Vous ne verrez pas une seule fois un article racontant qu’il y a eu une fake news de cette ampleur en 1986, avec le journal Le Monde en première ligne, et les autres qui ont suivi, les chaînes de télévision, les journaux.
En 2024, le plafond de verre médiatique se brise. Avant cela, seule une journaliste de RFI réalise, en octobre 2022, un reportage sur le sujet. C’est alors la première fois dans des médias dits non militants qu’on entend parler de cette affaire. Puis en 2024, Benoît Collombat, qui dirige aujourd’hui la cellule investigation de Radio France, réalise une enquête très sérieuse sur l’affaire Abdallah suite à une bande dessinée que moi même j’ai réalisée peu de temps avant chez Delcourt, Dans les oubliettes de la République* ( là aussi chez un éditeur non militant qui a eu le courage de me commander une version bande-dessinée de cette enquête). Ensuite, la grande presse va embrayer. Mais elle a attendu qu’on lui donne l’autorisation, en quelque sorte. Voilà pourquoi cette affaire est passée aux oubliettes pendant vingt ans.
Source : RFI
Thème(s) :
Politique, prison, Terrorisme, propagande, manipulation